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vendredi 19 septembre 2014

AVEZ-VOUS UN ANCETRE COUNANIEN ?

L'HOMME QUI VOULUT ETRE ROI
Sous cette appellation exotique se cache un vaudeville historique peu connu de la fin du XIXe siècle en France. Si certains d'entre vous se souviennent avoir vu "L'homme qui voulut être roi" avec Sean Connery, la réalité avait déjà dépassé la fiction. Quoique... ce film étant une adaptation d'une nouvelle de Rudyard Kippling publiée en 1883, ce dernier s'inspirant lui-même de la vie de Josiah Harlan, aventurier américain, qui au cours du XIXe siècle s'était rendu en Afghanistan et au Punjab dans l'intention de devenir roi et qui obtint  le titre de « Prince de Ghor » pour lui-même et ses descendants en échange de son aide militaire. Malheureusement pour nos "aventuriers français", la fin en a été tout autre.
 
L'ELDORADO OU LA REPUBLIQUE DE COUNANI
Ruée vers l’or, évasion, trahison, espionnage, voici l’histoire de la République de Counani…
Cette incroyable république située en Guyane fut fondée par l'explorateur bourguignon Jean Ferréol Guigues, son ami suisse Paul Quartier, ancien horloger reconverti dans la prospection aurifère et le journaliste, écrivain féru de géographie Jules Gros avec l'appui de l'explorateur Henri Coudreau "découvreur" de Counani en 1883. Ce dernier fortement "épris" de ce lieu écrit : «Mon cœur de Français fut vivement touché qu’à Mapa comme à Counani la population nous appelle de tous ses vœux.». Bourgade d'environ 200 âmes tri-métisses (blanc, indien et noir) qui parlent portugais mais comprennent aussi le créole de Cayenne, Counani fait partie d'un territoire de 260.000 km² coincé entre le Brésil et la Guyane Française et n'appartient à aucun état en cette fin du XIXe siècle.



Carte de la République de Counani lors de sa création
 
Les "capitaines" de Counani, Trajane Supriano "capitaine de la Rivière", un ancien esclave, et Nunato de Maceda, hostiles aux brésiliens, semblent avoir tôt fait de s'associer avec Guigues et Quartier.
La République de Counani est proclamée le 23 juillet 1886 dans un déluge de nominations et d'honneurs. Jean Ferréol Guigues devient Président du Conseil, Paul Quartier, ministre des Travaux Publics et l’abbé Jean, un ecclésiastique interdit par l’évêque, ministre des Cultes. Jules Gros (ou Gros Ier selon certaines sources) est désigné Président à vie. Ce dernier, installé à Paris administre son état à distance, principalement depuis les terrasses des cafés de Montmartre et de la rue Drouot et aussi de temps en temps au siège de la légation counanienne au 18 rue du Louvre.

Jules GROS

La République prend pour devise «Liberté et Justice» ; pour drapeau, le vert du Brésil avec le drapeau tricolore en exergue. Ses dirigeants vont battre monnaie, imprimer des timbres et même créer un journal officiel. Une décoration, l’Etoile de Counani, est conçue sur le modèle de la Légion d’Honneur : elle représente une croix à quatre branches reliées par une couronne d’olivier.
A Paris, Jules Gros distribue des médailles à tout son réseau, industriels parisiens et notables divers. Un appel aux émigrants est lancé : concessions gratuites de terrain de 20 à 30 hectares ou vendues comme des cornes d’abondance, fertiles et riches en ressources minières.
"The Guiana Syndicate Limited" est créé à Londres par des hommes d'affaires prêts à investir et à installer Jules Gros en Counani. En échange, ils ont obtenu son accord pour les droits d’exploitation pendant quatre-vingt-dix-neuf ans des principales ressources du territoire : mines, chemins de fer, canaux, ports…


Monnaie Counanienne

Médaille de Counani


Mais tout canular a une fin et les dissensions ne tardent pas à s'installer entre les "membres" de la République. Le Président à vie est obligé de mettre un peu d'ordre. Il révoque l'abbé Jean puis Guigues qui pour se venger institue  un gouvernement parallèle de sept membres et se met en tête de recruter 430 volontaires et d'acheter 2000 fusils.
Jules Gros quitte enfin Paris en 1888 avec sa famille, mais son bateau reste bloqué en Guyane Britannique avant d'être refoulé vers Londres. Il meurt en 1891, sans avoir mis les pieds à Counani, et demande à être enveloppé dans les plis du drapeau counanien. «Il en mourut, le bon Don Quichotte, honnêtement, n’ayant jamais battu monnaie de son rêve. Il joue son rôle jusqu’au bout et son agonie fut héroïque.» (Jean Galmot). Utopie quand tu nous tiens !
En 1895 d'importants gisements d'or sont découverts. En 1897  le Conseil Fédéral Suisse est chargé d’arbitrer le conflit entre France et Brésil, et tranche en 1900 en faveur de l’annexion du territoire par Rio de Janeiro. 
On aurait pu croire Counani retournée à son destin mais quelques années plus tard, en mai 1902, un autre Français, Aldophe Brezet, qui avait visité la région vers 1892, s'autoproclame « Président de l'État libre de Counani » avec le soutien de la population locale qui avait gardé une forte animosité contre l’état Brésilien. Il prend le nom de Uayana Assu « Homme grand », a le temps de nommer  trois ministres (Félix Antonio de Souza, Antonio Napoleão da Costa, João Lopes Pereira), de  rédiger une constitution, de faire imprimer de nouveaux timbres et de modifier le drapeau, avant de se faire arrêter par un détachement de 35 policiers brésiliens.

Adolphe BREZET


Il se déclare exilé en France et se fait appeler duc de Brezet et de Beaufort, vicomte de San João. En 1903 une ambassade counanienne ouvre à Paris, puis à  Londres, Rome, Berlin et Madrid... En 1904, le Japon et la Russie, qui se font la guerre, demandent si les arsenaux de l'État libre de Counani ne pourraient pas fournir quelques vaisseaux. Le président Brézet de Beaufort ne sait que faire, jusqu'au moment où les consulats des deux pays découvrent le pot-aux-roses. Vers 1911 le dernier président counanien s’exile à Londres où il serait mort ruiné.
Si peu de gens connaissent cette histoire en France, il n'en est rien pour les enfants brésiliens qui peuvent la découvrir dans leurs manuels scolaires.


Hymne de Counani (Gallica)


Sources : "Les Constituants de l’Eldorado ou la République de Counani"  et "L’Etat c’est moi, histoire des monarchies privées, principautés de fantaisie et autres républiques pirates" Bruno Fuligni ; presse de l'époque (Gallica) ; "Etat libre du Counani - le livre rouge n°3" 1906 : http://www.manioc.org/patrimon/GAD12009
 

samedi 6 septembre 2014

QUATRE CARTES D'IDENTITE....

A la fin de la première guerre mondiale et avec le retour de l'Alsace-Lorraine au sein de la France, l'administration française décida de classer la population alsacienne en quatre catégories, chacune ayant une carte d'identité distinctive.
L'idée d'une classification de la population d'Alsace-Lorraine avait été proposée par l'abbé Wetterlé à la conférence d'Alsace et de Lorraine qui prescrit dès les 19 et 26 avril 1915 de subdiviser la population en 4 catégories : A - B - C - D. Dès l'entrée des troupes françaises, les mairies furent averties de l'obligation d'établir des cartes d'identité qui allaient servir en même temps de pièces de légitimation. 
La carte A fut délivrée d'office aux alsaciens et lorrains qui avaient la nationalité française avant 1870 ou à ceux dont les parents et grands-parents avaient été dans ce cas. Ils furent réintégrés de plein droit.
La carte B concernait ceux dont l'un des deux parents était de descendance étrangère, essentiellement des couples allemands-alsaciens ou allemands-lorrains.
La carte C fut délivrée à ceux dont les deux parents étaient nés dans un pays allié ou neutre pendant le conflit.
La carte D pour les étrangers originaires des pays ennemis (allemands, autrichiens, hongrois...) et leurs enfants même si ils étaient nés en Alsace-Lorraine (43.500 cartes sont délivrées en 1919). Les titulaires de cette carte durent quitter le pays de gré ou de force (de 1918 à 1920 100.000 allemands partirent dont 14.000 fonctionnaires).
 
 
Cette nouvelle gestion créa des situations inextricables et obligea de nombreuses personnes à effectuer des démarches fastidieuses afin de pouvoir réintégrer la nationalité française. Par exemple, les détenteurs de la carte D devaient solliciter un permis de circulation afin d'exercer leur activité professionnelle en Alsace-Lorraine. 
Le 27 octobre 1919, Alexandre Millerand  alors commissaire général de la république à Strasbourg, chargé de réorganiser les trois anciens départements d'Alsace-Lorraine, fit parvenir aux présidents des commissions de triage la circulaire suivante "...La ratification du Traité de Paix offre pour les Alsaciens et Lorrains réintégrés dans la nationalité française un régime nouveau qui ne comporte plus le maintien des mesures en vue desquelles les Commissions de triage et de Classement au second degré avaient été instituées. La mission qui vous avait été confiée ainsi qu'aux membres devra être considérée comme terminée...".

lundi 25 août 2014

WINANCÊTRE

Voici un logiciel que j'utilise depuis plusieurs années afin d'éditer mes arbres et listes d'ascendance et descendance version papier ou sur mon écran. C'est un supplément à nos logiciels de généalogie et d'utilisation très simple.
On entre son fichier en mode gedcom, puis on sélectionne le nom et le prénom de l'individu central. Les documents sont sous format PDF ce qui permet de les imprimer sur plusieurs feuilles A4 et de les assembler ensuite.
Impossible de détailler toutes les fonctions possibles de ce logiciel, mais on peut éditer notamment :
 
- des arbres ascendance et de descendance
- des arbres mixtes
- plusieurs types de listes
- des cartes
- des roues ascendantes
- des roues descendantes...
 
WinAncêtre est disponible en version gratuite jusqu'à 10.000 individus et version pro payante.
Je vous invite à aller faire un tour sur le site : http://www.winancetre.com/



samedi 9 août 2014

OPTANTS : ENTRE FRANCE ET ALLEMAGNE

L'article de Benoit Villecourt (http://voyager-avec-mes-ancetres.blogspot.fr/2014/06/o-comme-les-optants-dalsace-moselle.html) reprend clairement ce que le traité de Francfort  de 1871, signé à l'issue de la guerre  franco-allemande, imposa aux Alsaciens-Lorrains : l'obligation d'opter pour leur nationalité.
On pense immédiatement à ces milliers de personnes qui choisirent la nationalité française et durent émigrer ou plutôt s'exiler parfois très loin de leurs régions notamment dans les colonies.
Les Alsaciens-Lorrains domiciliés dans les territoires cédés à l'Allemagne n'avaient aucune déclaration à faire auprès des autorités françaises pour perdre leur nationalité française. Beaucoup sont restés, ne voulant pas quitter un village où leur famille étaient établie depuis très longtemps, une famille, une maison, leurs biens... Le déracinement étant plus douloureux que la perte de leur nationalité. De même les Alsaciens-Lorrains qui n'avaient pas opté dans les délais fixés par la loi ont été "déchus" de la nationalité française et sont devenus, conformément aux dispositions de ce traité "de nationalité allemande".
Selon le site CODAM (http://www.optants.fr/) 539.6655 personnes firent une déclaration (dans et hors territoires occupés), mais seulement 49.926 partirent effectivement.
Le statut d'optant avait aussi de lourdes conséquences financières : séquestration des biens mobiliers et immobiliers, conversion des liquidités devenues allemandes en liquidités françaises à un taux désavantageux, interdiction ou difficulté de circuler sur le territoire allemand... Certains ont  renoncé au statut d'optant pour simplement émigrer sous la nationalité allemande quelques années plus tard.
Ce fut le cas d'une partie de ma famille paternelle. Mes arrières-grands-parents émigrèrent en 1902 et acquirent la nationalité française pour eux-mêmes et leurs quatre enfants ; émigration tardive dont nous n'avons eu connaissance que dans les années 1990 à l'heure de la nouvelle carte d'identité où l'administration s'aperçut que mon père et ses frères et sœurs n'étaient pas français : mon grand-père était toujours allemand ! Branle-bas de combat dans les archives familiales afin de retrouver un document de cette époque prouvant ce changement : un acte du juge de paix de Saint-Dié de 1902.
 

 
Mais reste le cas des Alsaciens-Lorrains qui optèrent pour la nationalité allemande, plus difficiles à cerner car les états d'optants pour la nationalité allemande n'ont pas été publiés. Leur nombre est estimé à environ 3.000 personnes. Il est à noter que les personnes ayant opté pour la nationalité française et qui sont restés dans les territoires annexés, ont vu leur option annulée soit 110.952 personnes (source CODAM).
Quant à ceux qui ne résidaient pas dans les territoires occupés, c'étaient principalement des détenus, bagnards ou militaires. Les détenus étaient remis aux autorités allemandes, les militaires sous les drapeaux eux étaient libérés du service français. Seules trois femmes y sont répertoriées : une détenue, une enfermée en asile d'aliénés et une sans profession.
Un étude en a été faite en 1995 et un répertoire alphabétique de 2758 personnes a été établi aux archives nationales. Voici le lien direct :  (http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/chan/chan/pdf/sm/BB31%20508-510%20et%20531.pdf).
D'un point de vue démographique, déterminer exactement le nombre d'optants s'avère complexe. Il existe trop de cas de figures pour réussir à les relever tous (déclarations contraires, recensement des alsaciens vivants hors des territoires occupés, couples séparés...) et permettre un calcul significatif.
Si l'Alsace-Lorraine a perdu près de 50.000 habitants, en 1875 40.000 allemands environ avaient déjà immigré en Alsace suite à la volonté de germanisation de la région par le gouvernement allemand. Les rapports entre les nouveaux arrivants et les Alsaciens de souche furent souvent antipathiques  surtout dans les grandes villes où s'installèrent majoritairement ces nouveaux immigrés.


lundi 4 août 2014

P...

comme PASTEUR.
La forêt, aussi bien de pins que de feuillus, est présente de très longue date dans les Landes mais restreinte à des bosquets disséminés, jalonnant notamment les rebords du plateau. La lande occupe alors les trois quarts du territoire jusqu'au milieu du XIXe. A partir de là, un boisement systématique, sur un million d'hectares, recouvre les vastes étendues jusque-là vouées au parcours des troupeaux. C'est ainsi que nous connaissons cette région aujourd'hui.


Une lande dans les Landes

Le pasteur c'est le berger landais, semi-nomade, perché sur échasses, vêtu de peaux de moutons et encapuchonné. Ces échassiers landais étaient principalement les bergers, seuls à être « tchanqués » (équipés d’échasses en Gascon) avec les facteurs et « coureurs » de nouvelles.
L’usage des échasses remonterait au XVIIIe siècle et prend fin au XIXe siècle, avec la disparition du système agro-pastoral, dont elles sont le symbole. Les témoignages les plus anciens de l’usage des échasses dans les Landes de Gascogne datent du XVIIIe siècle.
 
 
L'échassier landais

À la différence du laboureur rivé sur son champ ou du résinier à ses pins, le berger fréquente les immensités de la lande, jusqu'aux confins des territoires communaux. Dans l'ancienne société, le berger assure une activité essentielle sans pour autant constituer une catégorie sociale particulière. Parfois membre d'une famille de propriétaires ou de métayers, c'est souvent un homme trop âgé pour le dur travail des champs mais dont l'expérience se révèle précieuse pour la conduite et le soin du troupeau.
Il peut aussi être domestique, au service d'un propriétaire ou d'un métayer, intégré éventuellement à la maisonnée de son patron. Il est le plus souvent sous contrat avec un propriétaire qui lui confie alors une métairie réduite : la brasserie.
Lorsqu'il est brassier, le pasteur dispose d'une petite maison basse (le meysouet) n'offrant qu'un confort sommaire. Des ouvertures étroites et barrées dispensent une faible lumière. Au centre, la cuisine donne sur deux pièces latérales. S'y ajoute un lopin de champ complété d'un jardin pour assurer sa subsistance. Le brassier apporte avec sa femme et ses enfants un complément de main d'œuvre dans bien des travaux réalisés chez le métayer ou le propriétaire qui, en contrepartie, effectuent des travaux aratoires sur son champ. Pour la garde du troupeau, il reçoit des gages annuels alloués par le propriétaire.


 
 


                                                                                         Lou pachedeuy (intérieur landais)
            

À la belle saison, il arpente la lande pour fournir à ses bêtes une nourriture suffisante. Ainsi, la période d'agnelage passée, il s'éloigne des quartiers et des bourgs pour vivre en solitaire. Une solitude toutefois émaillée de rencontres régulières avec d'autres bergers venant de quartiers ou villages voisins. Ces rencontres, ainsi que les fêtes et les foires, sont autant d'occasions d'échanger des nouvelles, que chacun ramène ensuite dans son port d'attache. Ainsi, paradoxalement, ce solitaire joue dans les quartiers isolés le rôle de message. Pendant son parcours, le berger peut partager avec un ou deux compagnons l'oustalet (petite maison) au confort des plus rudimentaires, comme il s'en trouve à proximité de quelques bergeries perdues dans la lande. Le berger occupe sa relative oisiveté à filer ou tricoter la laine de ses bêtes et à chasser pour améliorer son ordinaire. Il est aussi fin joueur de fifre, de boha (cornemuse landaise) ou de vielle et gardien de la tradition orale en matière de contes et légendes. (La transformation des Landes deGascogne - J.Aldhuy)

 
 
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Les pasteurs et la borde (bergerie)
 
 
Dans mes recherches landaises, les actes ne mentionnent pas toujours le même métier pour les bergers. Les hommes ne le pratiquent pas toute leur vie et les dénominations diffèrent selon la période ou selon le prêtre ou l'officier d'état civil. Néanmoins les familles de pasteurs restent très unies entre elles ce qui permet au métier de se perpétuer en leur sein grâce notamment aux mariages de leurs enfants entre eux jusqu'au XIXe.
 
 


K...

comme KIEFFER. (KIAFFER)
Difficile de trouver une profession commençant par la lettre K sauf si nos ancêtres vivaient dans l'est de la France, ici en Alsace, où le kieffer est la désignation du tonnelier.
Dans toutes les régions viticoles nous nous retrouvons avec des ancêtres vignerons, tonneliers, mairandiers.
Le tonnelier est aussi appelé broquier (petite tonnellerie), futaillier, barilier, charpentier de tonneau, lieur de cuves ou relieur (en Franche Comté).
Les tonneaux de bois (der Fass ("-er)), les fûts (der Bottich (-e)), les cuves (der Kübel (-)) sont utilisés depuis l'Antiquité pour conserver et transporter des liquides, en particulier le vin. La précision du travail du tonnelier (der Fassbinder (-), der Böttcher (-), der Kübler (-)) est essentielle pour assurer l'étanchéité.
Le principal matériau utilisé est le bois de chêne, fendu en merrains par le mairandier, ces merrains serviront à fabriquer les douelles du tonneau. Le tonnelier utilise également des cercles de bois entourés d’osier. La première étape de la fabrication est le dolage qui consiste en la préparation des douelles qui serviront à fabriquer le tonneau. Puis vient ensuite l’assemblage ou bâtissage : lorsque la barrique a pris forme, elle est mouillée et un feu de copeau est allumé à l’intérieur. Le cerclage définitif est ensuite effectué.


Der Kaefer 1847 - J.M. Wentzel  (BNU)
 
La grande majorité de mes ancêtres alsaciens est originaire de villages situés sur la route du vin et compte un nombre important de vignerons et tonneliers jusqu'à la guerre de 1870 qui a dispersé la famille.
Joannes Theobald Kurtz est né en 1700 à Ammerschwihr dans une famille aisée puisque son père est bourgeois de cette cité. Il épouse en 1724 à Katzenthal Anastasia Spannagel fille de Sébastien Spannagel bourgeois et consul (maire) de Katzenthal et de Christina Scherb. La famille Spannagel est une famille de vignerons attestés depuis 1598 à Katzenthal et qui produit encore aujourd'hui du vin. Sur les 10 enfants qu'ils auront, 9 seront des filles. Son seul fils François-Joseph perpétuera la tradition familiale.


Pan de bois de l'ancienne maison de la corporation des tonneliers de Strasbourg - XVIIe (Gallica-BNU)

F...

comme FACTURIER.
On nomme facturier le tisserand dans le pays d'oc. Ce terme désignera plus tard les fabricants, entrepreneurs, représentants de la classe moyenne aisée, sinon riche, des industriels du textile.
Au XVIIe siècle les tisserands ruraux étaient des artisans indépendants, achetant leur matière première, la faisant filer dans la famille, l’œuvrant eux-mêmes sur des métiers leur appartenant et la revendant enfin dans les marchés aux négociants. Au XVIIIe siècle avec l'arrivée des manufactures  la majorité des tisserands ruraux se compose encore d’artisans ayant leurs métiers mais ne travaillant plus qu’à façon pour les gros fabricants du pays...
Pierre Vinches est un de mes nombreux ancêtres qui travaille dans l'industrie textile, mais le seul qualifié de facturier. Il est issu d'une lignée de cardeurs (5 générations avant lui) et demeure comme ses ancêtres à Rodez. Quelle était réellement la différence entre le facturier et le tisserand ? Simple dénomination ou bien différence de statut ?
La ville de Rodez se trouve alors dans la généralité de Montauban. On y confectionne des cadis, rases, serges en utilisant les laines des causses.
cadi : étoffe de laine de bas prix, le cadissan une étoffe encore inférieure. Une étoffe est cadisée si elle est faite de laines bon marché en suivant les procédés employés pour la fabrication des cadis.
rase : serge de laine mi-laine française, mi-laine espagnole.
Vingt maîtres ouvraient à Rodez en suivant des statuts stricts (avec bureau et marque). Ils vendaient leurs produits aux foires de la mi-carême et aux habitants de Guyenne. La ville comptait alors douze grands marchands et les teintures étaient opérées au Monastère près de Rodez.
Les marchands fabricants de tissus de la généralité de Montauban, acheminaient vers les ports de Guyenne les étoffes tissées en Rouergue à destination de l'Espagne.
Malgré une descendance comptant plusieurs fils, le métier de Pierre (qui décède en 1792) se perdra dans les méandres du XIXe et ses enfants mettront fin à un savoir qui se transmettait de génération en génération dans la famille.
 
cardeuse