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vendredi 6 novembre 2015

PHOTOGRAPHIES ET MEMOIRE FAMILIALE DE LA GRANDE GUERRE

J'ai hérité des albums photo de ma grand-tante et à partir de la photo de mariage de mes grands-parents dont j'ai en partie la liste des invités, j'ai petit à petit retrouvé les personnes qui figurent sur certaines photos. Ces dernières ont hélas été collées et ne font pas souvent apparaître de date ou de nom. Malgré tout entre les dates des évènements familiaux, les renseignements glanés dans la famille et une loupe, j'ai pu retrouver l'identité des personnes photographiées.
Mon arrière-grand-mère, Aminthe, était la seconde enfant d'une fratrie de dix filles nées entre 1883 et 1902, et semble avoir été très proche de certaines de ses sœurs car elle a conservé beaucoup de photos d'elles.
Certaines de mes "découvertes photographiques" m'émeuvent plus que d'autres comme le texte que j'ai découvert en décollant la photo de mon arrière-grand-tante Clémence et de sa fille Lucienne.
A cette photo j'ai pu en joindre une seconde qui date probablement de la veille de la Grande-Guerre. On y découvre Clémence la sœur cadette de mon arrière-grand-mère et son mari Firmin. Au centre leur fille Lucienne née en 1912.

Firmin, Lucienne et Clémence Pasquet début 1914

Au verso de la seconde photo j'ai découvert la correspondance que Clémence avait envoyé à sa sœur, Aminthe, probablement au début de l'année 1915 : "Chère sœur, je viens t'offrir mes meilleurs vœux et souhaits de bonne année à toi et à ton petit garçon, que tu ne sois jamais malade et surtout du courage. Je n'ai pas reçu de lettre de Firmin depuis lundi, je suis inquiète .... (la photo est coupée). Plus rien, je suis en bonne santé et aussi ma petite Lucienne."
Mon arrière-grand-mère venait de perdre son premier mari le 6 novembre 1914 en Belgique, le mari de Clémence ne reviendra pas non plus, il décèdera dans la Somme le 16 octobre 1916, presque deux ans après son beau-frère.
Aminthe se remariera avec un cousin de son premier époux en 1918 et donnera naissance à ma grand-tante et à ma grand-mère. Clémence quant à elle épousera en 1920 son beau-frère, veuf d'Emilienne l'une des dix sœurs.

Clémence et sa fille Lucienne fin 1914 (au verso la correspondance entre les deux sœurs)


lundi 26 octobre 2015

TOULOUSE : DES TROIS COUCOUS AUX TROIS COCUS

Décidément le métro toulousain et ses stations m'ont plongé dans des recherches toponymiques sur cette ville qui a bercé ma jeunesse. Je ne dresserai pas un inventaire de toutes les curiosités linguistiques de Toulouse mais certaines m’interpellent. J'avais raconté dans un précédent article l'histoire du quartier de la Salade (du gibet à la salade), voici celle du quartier des "Trois Cocus" dont la dénomination moderne est un nouvel exemple des transformations qui s'effectuent au cours des siècles dans la langue orale.
Au XVe siècle, on apercevait sur l'actuelle place des Trois Cocus, au sommet du pignon d'une maison surmontée d'une petite croix en pierre, une pierre encastrée dans la muraille sur laquelle était gravée la silhouette de trois oiseaux : "Tres Cocuts" en occitan pour Trois Coucous.
La transcription de l'occitan "Tres Cocuts" au français "Trois Cocus" serait due, dit-on, à des soldats de Napoléon qui, séjournant dans le quartier, auraient demandé à ses habitants le nom du quartier. Ceux-ci auraient répondu "Tres Cocuts" et les soldats ne parlant pas l'occitan comprirent "Trois Cocus".
Aujourd'hui il n'y a plus plus de maison surmontée de trois coucous, seulement le sentier des trois coucous sous titré en occitan "Camino del Tres Cocuts" et une station de métro...

Station des Trois Cocus

mardi 20 octobre 2015

TOULOUSE : DU GIBET A LA SALADE

La toponymie nous offre quelquefois des définitions pleines de surprise et certains quartiers toulousains portent des dénominations singulières.
Au nord de Toulouse se trouve le quartier de la Salade, au sud le chemin de la Salade-Ponsan. Vous me direz qu'il n'y a là rien de curieux en matière de nom excepté que l'origine de ces noms n'a rien à voir avec les activités agricoles de la ville autrefois. Au nord les activités de maraichage ne débuteront qu'au milieu du XIXe siècle et ces noms de lieux sont beaucoup plus anciens et bien moins « ruraux » que ce à quoi ils pourraient prétendre. La Salada désigne communément en occitan la place du gibet avec ses fourches patibulaires où l'on pendait et exposait les corps des condamnés.
Jusqu'à la Révolution les condamnés à mort étaient exécutés en centre ville place Saint-Georges. N'étant pas dignes d'une sépulture normale, leurs cadavres étaient pendus à l'entrée de la ville jusqu'à complète décomposition.
Cette fourche faite de deux bois entrecroisés où l'on insérait la tête du supplicié est une coutume qui remonte à l'Antiquité. Celle de Toulouse était située à l’entrée nord de la ville à un grand carrefour passant : le but était d’exposer les corps afin de dissuader les éventuels brigands de sévir dans la ville. A l'époque, les exécutions publiques était un spectacle qui attirait la foule. Des échoppes étaient installées et on peut penser que leur commerce était florissant puisque Toulouse servait alors de haute cour de justice à tout le Languedoc et que l’on dénombrait pas moins de six fourches sur cette place.
Supprimées en France au début du XVIIeme siècle, la salade de Toulouse a fonctionné jusqu’à la Révolution malgré les protestations de la population de ce quartier populaire que les odeurs nauséabondes faisaient plus qu’incommoder.
Une autre salade existait au sud de la ville. Son souvenir est rappelé par le chemin de la Salade, nom que l'on a complété par Ponsan (nom d'une métairie voisine) afin d'éviter toute confusion avec la salade du Nord, où existe toujours la place de la Salade.


Fourches patibulaires (Coutumes de Toulouse, 1296, Bibl. Nat)

samedi 1 août 2015

AU FIL DE MES LECTURES : LES NAUFRAGÉS DE L'ILE TROMELIN

LES NAUFRAGÉS DE L'ILE TROMELIN    -   Irène FRAIN


"Un minuscule bloc perdu dans l'océan Indien. Cerné par les déferlantes, harcelé par les ouragans. C'est là qu'échouent, en 1761, les rescapés du naufrage de L'Utile, un navire français qui transportait une cargaison clandestine d'esclaves. Les Blancs de l'équipage et les Noirs de la cale vont devoir cohabiter, trouver de l'eau, de la nourriture, de quoi faire un feu, survivre. Ensemble, ils construisent un bateau pour s'enfuir. Faute de place, on n'embarque pas les esclaves, mais on jure solennellement de revenir les chercher. Quinze ans plus tard, on retrouvera huit survivants : sept femmes et un bébé. Que s'est-il passé sur l'île ? À quel point cette histoire a-t-elle ébranlé les consciences ? Ému et révolté par ce drame, Condorcet entreprendra son combat pour l'abolition de l'esclavage."


Irène Frain à travers son roman nous fait revivre avec justesse ce naufrage et donne vie à ces "oubliés".
J'ai souhaité en savoir plus sur cet épisode tragique et j'ai complété le roman d'Irène Frain par cet ouvrage plus scientifique mais très intéressant et facile à lire : le récit des recherches qui ont eu lieu en 2006 sur l'île. L'archéologie des vestiges de Tromelin et l'histoire élaborée à partir des archives maritimes, accompagnées de schémas et croquis restituent une fois réunies toute l'ampleur de cette tragédie.





"31 juillet 1761. L’Utile, navire négrier de la Compagnie française des Indes, fait naufrage sur les récifs coralliens de l'île de Tromelin, minuscule atoll sablonneux perdu dans l'océan Indien. Parmi les rescapés, une soixantaine d'esclaves malgaches et 122 hommes d'équipage. Une embarcation de fortune est construite avec les restes de l'épave. Elle repart avec les Français. Faute de place, les Malgaches restent sur l'île, contre la promesse qu'un bateau viendra bientôt les secourir. Promesse non tenue. Ce n'est que 15 ans plus tard, en 1776, que la corvette La Dauphine récupère par hasard les huit esclaves survivants: sept femmes et un enfant de huit mois. Que s'est-il passé entre-temps sur l'atoll? Comment les esclaves oubliés ont-ils résisté aux assauts des tempêtes tropicales, au manque d'eau et de nourriture? Comment-ils sont-ils parvenus à maintenir un feu allumé sur une île dépourvue d'arbres? Depuis l’expédition archéologique menée sur l’île en 2006 par Max Guérout et Thomas Romon, il est aujourd’hui possible de reconstituer l’existence de ces nouveaux Robinson. Pour la première fois, voici dévoilé l’ensemble de leurs découvertes. Une étude illustrée d’une superbe iconographie et accessible à tous, qui raconte la tragédie de ces esclaves abandonnés sur une île d’1 km2, cernée par les déferlantes et harcelée par les ouragans. La première grande étude sur cette histoire fascinante par les deux meilleurs spécialistes."



 En 2011, un documentaire coproduit par l'INRAP et intitulé "Les esclaves oubliés de l'île Tromelin" a été primé au 4ème festival international du film archéologique de Besançon. 

mardi 30 juin 2015

Z... comme Zazpi jauzi

Je terminerai ce challenge AZ par une tradition, qui avec la coiffe et le costume régional, fait partie intégrante de notre histoire : la danse.
Le Zazpi jauziak, ou les sept sauts, est un type de danse traditionnelle du Pays Basque qui consiste en un enchainement de pas et de changement de sens de rotation.
Le saut basque ou "mutxiko" est la base de cette danse. Contrairement à ce qu'indique son nom, il ne consiste pas à sauter, mais à exécuter une série plus ou moins longue de pas sur une trame rythmique enlevée où seuls les pieds agissent. 
Je vous propose pour conclure de terminer ce challenge en musique  : Zazpi jauzi



lundi 29 juin 2015

Y... comme lYs de la vallée

Le lys de la vallée est le nom usuel du muguet (appelé aussi "lys de mai"). Sa tradition remonte à la Renaissance.
Selon une  légende, en 1560, Charles IX alors âgé de 10 ans, et sa mère Catherine de Médicis, en visite dans le Dauphiné, reçurent du chevalier Louis de Girard un brin de muguet provenant du jardin de ce dernier. Dès 1561 le roi offrit alors à chaque printemps, un brin de muguet comme porte-bonheur à chacune des dames de la cour.
La coutume ne s'enracinera qu'au début du XXe siècle d'abord en région parisienne lorsque les couturiers parisiens organisèrent une fête dans le bois de Chaville et en profitèrent pour offrir quelques brins de muguet à leurs clientes et à leurs ouvrières. 
En 1919 le muguet supplantera l'églantine, fleur rouge à la symbolique révolutionnaire, lors de la fête du travail datant de 1889.
Mais c'est à Nantes, en 1932, lors de la fête du lait de mai, célébrée le 1er mai que l'on commence à vendre du muguet. Cette fête traditionnelle voulait que l'on aille boire du lait frais dans les fermes et que l'on s'échange la fleur du printemps : le muguet.

Fête du muguet à Nantes

samedi 27 juin 2015

X... comme XIXe siècle et l'invention de Noël

Noël est une tradition qui remonte à l'Antiquité, mais le Noël moderne n'est apparu qu'au cours du XIXe siècle. C'est un poème de Clément Clarke, publié en 1823 aux États-Unis, qui a lancé le personnage du Père-Noël. Ce dernier est décrit comme un lutin qui se déplace dans un traîneau tiré par huit rennes et dépose des cadeaux dans les cheminées. Santa-Claus est inspiré par Saint-Nicolas, évêque d'Asie mineure du IVe siècle, très populaire en Europe alémanique. Thomas Nast, caricaturiste de la Guerre de Sécession, l'a popularisé en le dessinant dans un costume rouge et en fixant sa résidence au Pôle Nord. Trois autres illustrateurs, dont Haddon Sublon qui travaillait pour la marque Coca-Cola dans les années trente, se sont chargés de lui donner son apparence actuelle de grand-père.

Le Père Noël par Thomas Nast en 1862 pour le Harper's Illustrated Weeklyde


Le sapin de Noël, quant à lui, a une origine moins précise. Il serait apparu en Alsace au XVIe siècle, puis ensuite la coutume se serait développée en Allemagne, en France et en Autriche. Son illumination avec des petites bougies de cire est une tradition qui n'est réellement apparue qu'au début du XIXe siècle, en Allemagne et en Europe de l'Est. Le sapin n'était dressé que le 24 décembre en raison des risques d'incendie. En 1882, à New-York, pour la première fois un sapin fut illuminé à l'électricité.

Sapin au XIXe